Samedi 7 janvier 2012
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Un article fort intéressant d'Hervé Morin paru dans Le Monde.fr (6 janvier 2012).
La recherche est souvent caricaturée comme un système où les idées et les résultats péniblement engrangés par les petites mains - thésards et postdoctorants - sont
captés par leurs aînés, avec comme repoussoir la figure du mandarin, qui capitalise sur le travail fourni par ses subalternes. Si ce régime de prédation hiérarchique peut se retrouver çà et
là, il est loin d'être général et les exemples abondent où les patrons de labo sont avant tout des passeurs, des guides bienveillants, qui savent donner aux plus jeunes les moyens de leurs
ambitions et de leur créativité.
En 2005, la revue britannique Nature a eu la bonne idée de créer un prix pour distinguer ces "mentors" - "parce que c'est peut-être la moins remarquée des activités de
laboratoire". "Bon nombre de jeunes chercheurs témoignaient du fait que certains laboratoires fonctionnent sur le modèle "marche ou crève", ou qu'ils avaient été mis en compétition avec
les autres membres de l'équipe, raconte Philip Campbell, le rédacteur en chef de Nature, à l'origine de ce prix. Ce type de management est peut-être productif, mais j'avais
envie d'encourager une forme de leadership plus empathique et sympathique."
La France était, en 2011, le septième pays choisi pour cette compétition. Les chercheurs distingués sont Barbara Demeneix, endocrinologue au Muséum national d'histoire naturelle de Paris (MNHN, CNRS), le biologiste moléculaire Moshe
Yaniv (Institut Pasteur) et le neurobiologiste Jean Rossier (Institut de physique et de chimie
industrielles de la Ville de Paris). La première a reçu 10 000 euros et les deux autres, membres de l'Académie des sciences, se sont partagé la même somme. Dix candidats étaient en lice, pour un
concours qui met le monde à l'envers : les anciens étudiants rédigent les lettres de recommandation des maîtres. "Ce sont les Télémaque qui constituent le dossier de Mentor, plaisante
Jean Rossier, pour qui cette procédure n'a que plus de valeur : ce prix apporte une reconnaissance réelle, il n'est pas, comme c'est souvent le cas, basé sur les réseaux."
"Générosité"
Qu'est-ce qui fait un bon mentor ? "Nous aimerions bien le formaliser, pour identifier des techniques de formation au management
par exemple, indique Philip Campbell. Mais cela varie d'un pays à l'autre, d'une culture à l'autre. C'est très différent par exemple au Japon, où l'idée même de rapporter des anecdotes
personnelles dans le dossier de candidature était au départ perçu comme problématique, car irrespectueux pour le mentor." C'est la raison pour laquelle la compétition se joue chaque année
dans un pays différent. Le tableau issu des sept premières éditions reste "impressioniste", reconnaît Philip Campbell.
Comment les primés définissent-ils leur mentorat ? "Il faut donner aux jeunes une grande indépendance, la possibilité de choisir
leur sujet, les moyens d'identifier les procédures expérimentales adéquates, indique Moshe Yaniv. Il faut laisser aux jeunes toute leur originalité, qu'ils découvrent leur voie par
eux-mêmes : on travaille pour le long terme", dit Jean Rossier, qui salue la "liberté totale" que lui avaient laissée ses maîtres. "J'essaie de sortir le meilleur d'eux-mêmes en encourageant le débat, le "lateral thinking", répond Barbara Demeneix. Je
leur apprends à jongler avec les responsabilités et à définir les sujets de recherche en pensant à la suite, à moyen et long terme."
Est-ce un hasard si les trois candidats primés ne sont pas "franco-français" ? Jean Rossier est belgo-suisse, Mme Demeneix
est d'origine britannique. Comme l'Israélien, Moshe Yaniv, elle a acquis la nationalité française. "Je me considère français, et notre nationalité scientifique, c'est la France",
souligne celui-ci. Deux hypothèses : les patrons français de labo sont de moins bons mentors ; la France sait accueillir les meilleurs mentors, d'où qu'ils viennent. Les trois primés témoignent
en tout cas de la difficulté de poursuivre leur mission de transmission." La suite ici