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Bioécologie

Japon : la photo du mois d'avril

31 Mars 2011,

Publié par JMB

Je vous invite à découvrir plusieurs photo-reportages sur les évènements dramatiques qui touchent le Japon depuis que le séisme, suivi du tsunami, a frappé ce pays : ici

 

A-woman-who-lost-her-mother-and-her-three-year-old-son-reac.jpg 

A woman who lost her mother and her three-year-old son reacts after she confirmed their bodies under the rubble of her house in Miyako. (March 14, 2011) (Associated Press/Mainichi Shimbun, Daisuke Wada)

Une femme vient d'apprendre la mort de sa mère et de son fils de 3 ans ensevelis sous les décombres de leur maison. Le dernier bilan établi par l'Agence nationale de la police japonaise fait état de plus de 28 000 morts et  disparus (1er avril 2011).  

 

Lu aujourd'hui sur le site Internet de la NHK :

"L'armée américaine et les forces japonaises d'autodéfense ont lancé une opération de grande ampleur pour tenter de retrouver les personnes disparues après le séisme et le tsunami du 11 mars.

Les recherches conjointes ont débuté ce vendredi, trois semaines après le désastre. Plus de 16 000 personnes comptent encore parmi les disparus.

Dans la matinée, des hélicoptères des forces japonaises d'autodéfense terrestres ont quitté leur base à Sendai pour se joindre aux opérations.

100 avions et 50 navires des forces d'autodéfense, ainsi qu'une vingtaine d'avions et une dizaine de vaisseaux américains apporteront leur renfort.

Les garde-côtes japonais, la police et les pompiers participent aussi à cette mission de sauvetage, la plus grande jamais effectuée au Japon.

Les recherches couvriront les régions côtières des préfectures d'Iwate, de Miyagi et de Fukushima, ainsi que le littoral, dans un périmètre de 20 km au large.

Est toutefois exclue des opérations, qui dureront trois jours, la zone située dans un rayon de 30 km des réacteurs de Fukushima Dai-ichi, en raison des émissions radioactives."

Accident nucléaire au japon : alerte maximale

30 Mars 2011,

Publié par JMB

Le 18 mars, au regard des informations dont je disposais, j'écrivais ces mots : "L'avenir est encore très incertain : le pire est encore possible, même si certains indices peuvent laisser espérer le contraire. L'incertitude est grande concernant l'évolution des réacteurs."

Malheureusement, il semblerait que nous soyons sur la voie du pire.

En effet, si l’on regarde les faits, sur six réacteurs du site nucléaire de Fukushima Daiichi, quatre ne sont toujours sous contrôles. C'est-à-dire, qu’aucun dispositif de refroidissement pérenne n'a pu être mis en place. La situation se dégrade, en particulier pour  les réacteurs N°1, 2 et 3 . Le réacteur N°3 se distingue de tous les autres réacteurs japonais car il utilise do MOx, un combustible à base, entre autre de plutonium (pour des explications sur ce type de combustible lire ici). Les enceintes de confinements de ces 3 réacteurs semblent ne plus être étanches. Une partie du combustible a commencé à fondre pour former ce qu'on appelle un corium (un magma, une sorte de lave à plus de 2000 °C). Les experts se posent de nombreuses questions : Quelle est l'ampleur de ce corium ? Ce corium a-t-il commencé à percer le fond de l'enceinte de confinement ? Comment va-t-il se comporter ? Une explosion est-elle possible ?

La radioactivité au sein de ces réacteurs a augmenté de telle sorte qu’il est difficile, voire impossible, de travailler dans cet environnement sans prendre des risques considérables pour sa santé. On notera ces derniers temps une quantité très importante d’eau fortement contaminée dans les salles des machines et les tunnels de ces 3 unités. Ce qui ralentit - voir empêche - toutes les opérations mises en œuvre pour reprendre le contrôle des réacteurs. Tepco essaye de trouver des solutions pour évacuer cette eau contaminée. De nombreuses questions sont donc posées :  comment évacuer cette eau ? Que faire de cette eau ?

Les produits de fissions continuent de se disperser dans l'environnement (terrestres, marins,…). Depuis le début de cet accident nucléaire, diverses mesures réalisées sur des échantillons environnementaux ont révélés une contamination bien au delà de la zone d'évacuation des 20 Km. Par exemple, une contamination importante des sols au césium, à 40 Km de la centrale, a été mise en évidence. A Tokyo (240 Km du site), de l'iode 131 a été décelé dans une station d'eau potable, du césium 137 dans des légumes.  Le littoral qui longe la centrale est lui aussi contaminé, en particulier à l'iode 131 qui a tendance à s'accumuler dans les algues brunes. Du plutonium 239 vient d’être également détecté dans des échantillons de sols prélevés sur le site nucléaire. Va-t-on retrouver du plutonium 239 ailleurs ? Il faut savoir que le plutonium à une période d'environ 24 o00 ans (c’est-à-dire que pour une quantité donné, il faut 24 000 ans avant que la moitié de son activité disparaisse). Une contamination au plutonium aurait des conséquences écologiques à très long terme. En définitif, le Japon, se retrouve déjà avec un large territoire contaminé (marin et continental) qu'il devra cartographier très rapidement pour prendre les mesures sanitaires qui s’imposent. Il est raisonnable de penser, dès maintenant, que dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale, une zone ne pourra plus être habitée. De nombreuses questions sont soulevées : comment vivre dans les zones même faiblement contaminées qui n'auront pas été évacuées ? Quels vont être les impacts sur l’agriculture, la pêche, l'activité économique,... ? Quelles vont être les conséquences sur la santé et l’environnement ?  Je parle au futur, mais je devrai employer le présent car les effets économiques, sociétales, sanitaires,  écologiques, de cet accident nucléaire majeur, sont déjà en cours.

Pour terminer, à la fin de cet accident, se posera la question de la gestion des réacteurs de la centrale de Fukushima. Le gouvernement japonais annonce son dématèlement. Même si l'accident de Fukushima n'est pas du même type que celui de Tchernobyl, 25 ans après l'accident de Tchernobyl, les ukrainiens, avec l'aide internationale, s'activent toujours autour de leur unique réacteur accidenté pour le sécuriser, et ainsi confiner la radioactivité qui persiste encore en son sein. Le Japon devra gérer pendant des années ce site nucléaire.

La situation actuelle est très critique. Le pire est encore possible. Le Japon est en "alerte maximale", dixit son premier ministre, ce mardi 29 mars.

 

Références

Autorité de sûreté nucléaire - France - (ASN)

Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire - France - (IRSN)

International atomic energy agency (IAEA)

Ministry of education, culture, sports, science and technologie - Japan- (Mext)

Nuclear and industrial safety agency -Japan- (NISA)

Tokyo electric power company - Japan - (TEPCO)

Le musicien du mois de mars : Sungha Jung

27 Mars 2011,

Publié par JMB

Chaque mois, je vous propose de faire une pause, de quitter le monde de la science, le temps de découvrir un photographe - en général, en lien avec l'environnement au sens large -.

Dorénavant, je vais élargir cette rubrique à d'autres formes d'art : musique, arts plastiques,... La science et l'art ont en commun la créativité. Point de découvertes sans créativité. Les moments d'évasions sont indispensables pour que la créativité émerge. Je ne vais pas ici énumérer toutes les études en neurobiologie, sciences cognitives,...qui étayent ces propos. Laissons la place à l'art, le temps d'un court instant.

J'ai commencé ce mois-ci avec le travail de Vik Muniz : "Waste Land", mais je ne peux m'empêcher de vous faire découvrir, dès à présent - si ce n'est déjà fait - ce jeune guitariste, Sungha Jung.

 

Beatles: come together (2008)

 

Mission impossible - le film - (2008)

 

Mettalica: nothing else matters (2010)

D'autres videos ici

Japon : les dégâts vus par satellites

27 Mars 2011,

Publié par JMB

Retrouvez sur ce site Internet des images satellites prises "avant et après" le tsunami qui vient de ravager une partie du Japon.

On y découvre en particulier les dégats sur la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Bouger le curseur pour comparer les images avant et après. D'autres images, également ici

 

In english:

Satellite Photos of Japan, Before and After the Quake and Tsunami: here

Move the slider to compare satellite images, taken by GeoEye, from before and after the disaster.
D'autres images "avant/après" en vidéo (before/after) :

Waste land: Vik Muniz

26 Mars 2011,

Publié par JMB

Vik-Muniz-Waste-land.jpgPendant trois ans,  Waste Land suit l'artiste brésilien Vik Muniz de Brooklyn, où il vit, à Jardim Gramacho en banlieue de Rio de Janeiro. Dans la plus vaste décharge du monde, il retrouve son Brésil natal pour un projet artistique inédit : photographier les "catadores" (les ramasseurs de déchets recyclables) dans des mises en scène composées à partir d'objets et matériaux rescapés des poubelles.
Tout au long de cette aventure, le projet va prendre une toute autre dimension. Au fur et à mesure de sa collaboration avec ces personnages hors du commun, Vik va saisir tout le désespoir et la dignité des catadores, alors même qu'ils parviennent à réinventer leur vie en prenant part à son oeuvre d'artiste.

Au final, Vik Muniz va organiser une vente aux enchères de tous les portraits des "catadores" qu'il a réalisé à travers ce projet  et reversera l'argent à ces hommes et femmes qui vivent des déchets. 

Un film retrace ce projet artistique. En France, il sort dans les salles à partir du 23 mars.

 


In english:                                                                                                                                                Filmed over nearly three years, WASTE LAND follows renowned artist Vik Muniz as heGramacho Waste Land Vik Muniz journeys from his home base in Brooklyn to his native Brazil and the world's largest garbage dump, Jardim Gramacho, located on the outskirts of Rio de Janeiro. There he photographs an eclectic band of “catadores”—self-designated pickers of recyclable materials. Muniz’s initial objective was to “paint” the catadores with garbage. However, his collaboration with these inspiring characters as they recreate photographic images of themselves out of garbage reveals both the dignity and despair of the catadores as they begin to re-imagine their lives.


RAS nucléaire, rien à signaler : un documentaire qui donne la parole aux ouvriers du nucléaire

25 Mars 2011,

Publié par JMB

Ce soir, sur Arte  programmation spéciale - Vendredi 25 mars à partir de 20h40.

 

Je n'ai jamais vu ces deux films. Mais il me semble pertinent d'en signaler leur diffusion au regard des accidents nucléaires majeurs qui frappent en ce moment le Japon. Je vous laisse seul juge de la qualité de ces films. Le débat "scientifique" est ouvert !

A 22h10, Arte diffusera donc un film de l'auteur et réalisateur Alain De Halleux (2008) : "RAS nucléaire, rien à signaler". Mais vous pouvez également  voir l'intégralité de ce film, dès à présent, sur le site Internet d'Arte : ici. Ce film enquête donne la parole aux ouvriers du nucléaire. 

 



Synopsis :

Des ouvriers du nucléaire sortent de l'ombre pour dresser un tableau inquiétant de leurs conditions de travail et de sécurité. Une enquête exemplaire.
On les appelle les "jumpers", ils sont chargés d'entrer dans le générateur de vapeur pour obturer les tuyaux qui le relient au réacteur nucléaire. Séjour maximum autorisé : de 90 à 120 secondes, sous peine de surdosage radioactif ! Ils font partie de la masse des ouvriers intérimaires et sous-payés, chargés de maintenance dans les centrales nucléaires (décontamineurs, mécaniciens, contrôleurs...). Des travailleurs de l'ombre qui, avec ce film, sortent pour la première fois du silence pour dresser un tableau inquiétant d'un des fleurons de l'industrie européenne. Depuis la libéralisation des marchés et la privatisation des groupes énergétiques, les conditions de travail semblent en effet se dégrader, au mépris de la santé des ouvriers et de la sécurité. Au nom de la rentabilité, EDF/GDF-Suez, Areva et les autres recourent de plus en plus à la sous-traitance, rognent sur les effectifs et la maintenance, font pression sur les employés...
Urgent à signaler
Malgré les efforts déployés pour alerter l'opinion (souvent sanctionnés par des licenciements), les autorités font la sourde oreille. Un malaise que dénoncent des ouvriers principalement belges et français, éclairé par des experts-chercheurs, une sociologue et un ancien président d'EDF, Marcel Boiteux... "Du risque 0, nous sommes passés au risque calculé", affirme un employé. Les "petits" incidents se sont multipliés, avec une centaine d'alertes de niveau 1 chaque année : en 2006, après un court-circuit, une centrale suédoise frôle la catastrophe à 7 minutes près ; en 2008, une fuite d'uranium contamine cent ouvriers à Tricastin. Contrôleurs priés d'ignorer les dysfonctionnements, employés cachant les incidents par peur des sanctions, grands groupes déresponsabilisés par l'externalisation des tâches : ce constat édifiant montre combien la sécurité collective est en jeu.

En première partie, à 20h40, un film de science-fiction "Alerte maximale" sera également diffusé. Ce film a été réalisé par Andreas Prochaska, en 2008.

 

Synopsis :

Au lendemain d'une catastrophe nucléaire, la panique s'empare de la population. Un scénario d'un réalisme saisissant.

4 heures du matin, dans une centrale nucléaire tchèque proche de la frontière autrichienne. Suite à un grave accident, l'alerte maximale est déclenchée par les autorités. Côté autrichien, la population est priée de rester chez elle, mais il est difficile de cloîtrer les habitants dans leurs maisons. La panique s'installe. Le pays mobilise toutes ses forces d'intervention : il faut mesurer le taux de contamination chez les humains et les animaux, étudier la propagation éventuelle dans la chaîne alimentaire. Mais comment prévenir une population confrontée à un danger invisible ?

Andreas Prochaska met en scène un scénario catastrophe d'un réalisme saisissant. Ce réalisateur de polars a déjà mis ses talents au service de la fameuse série Tatort et de Berlin brigade criminelle (dont ARTE a récemment diffusé la deuxième saison).

Tokyo : du césium retrouvé en grande quantité dans un légume

25 Mars 2011,

Publié par JMB

Le Ministère de la Santé du Japon vient d'annoncer que la limite légale en césium a été dépassée dans un légume cultivé en plein champ à Tokyo (arrondissement d'Edogawa.

Tokyo se trouve environ à 240 Km de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui continue à rejeter des substances radioactives dans l'environnement. 

Ce légume à feuilles larges est appelé Komatsuna, ou moutarde épinard japonaise. Le niveau de contamination mesuré était de 890 becquerels par kilogramme, dépassant la limite légale japonaise de 500. C'est la première fois qu'un tel niveau de césium est mesuré dans un légume cultivé à Tokyo.

Le ministère affirme que le césium radioactif a été détecté jeudi 24 mars dans les feuilles de ce légume récolté mercredi 23 mars.

Ces légumes  sont cultivés dans un centre de recherche et ne sont pas vendus sur le marché.

 

Pour voir à quoi ressemble ce légume, lancez cette vidéo :

 

Surveillance de la radioactivité en France : le premier communiqué de l'IRSN suite à l'accident nucléaire japonais

24 Mars 2011,

Publié par JMB

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire français (IRSN) vient de publier une synthèse des résultats des mesures de la radioactivité dans le cadre de la surveillance de l’impact à très longue distance des rejets de l’accident de Fukushima. Je vous retranscris ce document, tel quel,  accompagné de deux remarques de ma part :  "en bleu dans le texte"

 

 Synthèse surveillance environnementale n°1

Synthèse des résultats des mesures de la radioactivité dans le cadre de la surveillance de l’impact à très longue distance des rejets de l’accident de Fukushima

(24 mars 2011 - Point à 13h00)

 

Dans le cadre du dispositif de surveillance de l’impact des rejets radioactifs de l’accident de Fukushima au Japon, l’IRSN présente une synthèse des résultats des mesures de radioactivité qu’il effectue en France métropolitaine et en outremer. Le dispositif de surveillance en place est présenté globalement dans la carte en annexe. Cette synthèse sera actualisée régulièrement en fonction des nouveaux résultats obtenus.

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La présente synthèse commente les résultats acquis par l’IRSN à ce jour sur les prélèvements et mesures effectués dans le cadre de son plan de surveillance. Une information est également donnée sur les résultats publiés dans d’autres pays.

 

1. SYNTHESE DES RESULTATS DE MESURE EN FRANCE (METROPOLE ET OUTREMER)

1.1. Réseau d’alerte Téléray

Le réseau Téléray est constitué de 170 sondes fixes (dont 7 en outremer) qui mesurent en permanence l’intensité du rayonnement gamma ambiant, exprimée en débit de dose (en nanosievert par heure – nSv/h). Ces mesures sont transmises en temps réel au centre de supervision de l’IRSN au Vésinet (78).

Au cours de la journée du 23 mars, aucune élévation anormale de la radioactivité gamma ambiante n’a été détectée sur l’ensemble des sondes du réseau Téléray de l’IRSN (Métropole et DROM-COM). Le débit de dose mesuré, qui peut varier d’un lieu à l’autre, correspond au rayonnement émis par les éléments radioactifs naturels présents dans l’air ou dans le sol ainsi qu’au rayonnement cosmique traversant l’atmosphère.

Pour consulter les mesures en temps réel visiter le site Internet de l'IRSN

Remarque n°1 : ce réseau Téléray ne mesure que le rayonnement gamma ambiant. Les autres rayonnements béta et alpha ne sont pas pris en comptes. Ce qui s’explique par le fait qu’à ce jour, techniquement, il est extrêmement difficile, voir impossible, de disposer d’un tel dispositif automatique et en continue pour quantifier d’une manière précise et fiable ces types de rayonnement : béta et alpha.  

Dans le cadre de l’accident nucléaire japonais, l’IRSN, via ce réseau est donc capable de détecter une augmentation du rayonnement gamma ambiant qui pourrait être due essentiellement à une élévation de césium 137 dans l’air (césium contenu dans le panache). Par contre, l’iode qui est essentiellement un émetteur béta (mais aussi gamma à travers les éléments fils issus de sa désintégration) ne sera détecté qu'à travers l’analyse d’échantillons environnementaux. Voir le point suivant :

1.2. Surveillance par prélèvements d’échantillons dans l’environnement

L’IRSN a analysé :

                        des filtres de prélèvements de poussières atmosphériques effectués sur plusieurs jours à Charleville-Mézières (08), la Seyne-sur-Mer (83), Alençon (61), Dijon (21) (du 15 au 21 mars), au sommet du Puy-de-Dôme (63) (du 18 au 21 mars) et à Orsay (91) (du 14 au 21 mars) ;

                        des filtres de prélèvements quotidiens de poussières atmosphériques effectués à Cherbourg (50), Chinon (37), Golfech (82), Fessenheim (68), Le Vésinet (78), Gréville (50), Tricastin (26) (entre le 11 et le 20 mars) ;

                        de l’eau de pluie collectée à Cherbourg (18-19 mars) et à Orsay (18-21 mars) ;

                        de l’herbe prélevée le 21 mars à Siouville (50) et à Gréoux-les-Bains (04) ; et le 18 et 21 mars à Rambouillet (78) ;

                        du lait de vache prélevé le 21 mars à Siouville ;

                        du lait de chèvre prélevé le 21 mars à Gréoux-les-Bains ;

                        du lait de brebis prélevé le 18 et 21 mars à Rambouillet (78).

 

Tous les résultats de mesure obtenus sont inférieurs aux limites de détection des appareils de mesure utilisés, à l’exception de l’échantillon de lait de chèvre qui présente des traces de césium 137 (0,12 Bq/L). Ces traces sont habituellement observées dans ce type de produit et résultent de la persistance dans les sols et dans les végétaux du césium 137 déposé à la suite des essais nucléaires en atmosphère et de l’accident de Tchernobyl.

 

Remarque  n°2 : ces résultats sont obtenus par spectrométrie gamma. Pour faire simple, les échantillons sont placés dans un appareil qui mesure le rayonnement gamma. Par spectrométrie gamma on est capable d’identifier les éléments responsables de ce rayonnement : iode 131, césium 137,… Par contre, pour d’autres éléments qui n’émettent pas de rayonnement gamma, il n’est pas possible de les détecter par cette méthode.

Ces résultats sont très intéressants, car ils représentent vraiment un point zéro avant le passage prédit du panache radioactif au-dessus de la France. En effet, ces mesures ont été réalisées sur des échantillons environnementaux prélevés quelques jours avant l’arrivée du panache radioactif. Par modélisation, l’IRSN et Météo France ont prédit l’arrivée du panache en France, le mercredi 23 mars. Attention, ceci n’est qu’une prédiction avec toutes les incertitudes liées à ce type de modélisation. Donc, par rapport à ce point zéro, qui correspond au bruit de fond, nous verrons dans les jours à venir si une augmentation de la radioactivité apparaît, à cause de ce panache, dans divers échantillons environnementaux.

 

2. RESULTATS DE MESURE PUBLIES DANS D’AUTRES PAYS

Des résultats de mesure ont été publiés au États-Unis par l’agence de protection de l’environnement (EPA). Ils mettent en évidence de faibles traces de produits radioactifs rejetés lors de l’accident de Fukushima, détectés sur des filtres de prélèvements de poussières atmosphérique en Californie (San-Francisco, Riverside, Anaheim) et dans l’état de Washington (Seattle) sur la côte ouest. Les radionucléides identifiés sont l’iode 131, le tellure 132, l’iode 132 et le césium 137. Les concentrations mesurées le 18 mars pour ces éléments sont de quelques dixièmes de mBq/m3 ou plus faibles.

En Scandinavie, de l’iode 131 a été mesuré dans l’air à Stockholm, Umeå et Kiruna (Suède), à une concentration inférieure à 0,3 mBq/m3, ainsi qu’en Finlande (moins de 1 mBq/m3)

Ces résultats sont cohérents, en termes de date et d’ordre de grandeur, avec les prévisions effectuées par Météo France à l’échelle mondiale, en collaboration avec l’IRSN. Ils confirment en particulier qu’en Europe, les éléments radioactifs dispersés arrivent par le Nord, comme le prévoyait la modélisation de Météo France.


Dernière remarque :

Je rapporte ici les valeurs limites - ainsi que les explications qui accompagne ces valeurs - compilées par Cécile Dumas et présentées dans un de ses articles rédigé pour Sciences et Avenir.fr . Son travail est clair et rigoureux. Tout un chacun devrait pouvoir ainsi analyser et interpréter les valeurs présentées par l'IRSN.

" Le Codex alimentaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture) fixe des valeurs indicatives pour la contamination en radionucléides des denrées alimentaires. L’Europe a également ses valeurs limites définies dans le règlement Euratom. En plus de l’alimentation humaine, il prévoit aussi des valeurs limites pour les aliments destinés au bétail. L'ensemble de ces valeurs règlemente le commerce international (ou européen): elles sont établies pour les populations qui importent des denrées de la zone accidentée.

Les deux tableaux ne se superposent pas : dans certains cas les niveaux maximaux admissibles (NMA)sont plus élevés en Europe que dans le Codex, dans d’autres cas c’est l’inverse. Ces différences s’expliquent notamment par le fait que le Codex de l’OMS (actualisé en 2010) applique la dose maximale d’exposition de 1 mSV contre 5 mSv pour Euratom (ce dernier n’ayant pas été actualisé depuis 1989).
La France a demandé la révision du règlement Euratom et une réflexion globale afin d’harmoniser ces valeurs au niveau international.

EURATOM : NMA de contamination radioactive de l'alimentation en Becquerels par kilo (ou litre) Aliments pour nourrissons Produits laitiers Autres denrées alimentaires Liquides destinés à la consommation
Isotopes de Strontium (dont Sr-90) 75 125 750 125
Isotopes d'iode (I-131)
150 500 2000 500
Isotopes de plutonium, d'américium, d'éléments transuraniens à émission alpha 1 20 80 20
Cesium 134 et 137 et autres radionucléides à période radioactive supérieure à 10 jours 400 1000 1250 1000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Codex alimentaire (OMS/FAO)Becquerels par kilo denrées destinées
à la consommation générale
Aliments pour enfants
Isotopes de plutonium et  d'américium 10 1
Isotopes d'iode (129/131), de strontium-90, d'uranium 235
100 100
Césium 134 et 137, ruthénium 103, Sr-89, soufre 35.... 1000 1000
Tritium, carbone 14, technetium 99 10000 1000

Source: ASN

Les NMA sont plus faibles pour les enfants que pour les adultes. Ils sont également plus bas pour le lait à cause de sa part très importante dans l’alimentation infantile et plus bas dans les boissons dont la consommation quotidienne est très importante. "



Accident nucléaire majeur : le défi est immense

24 Mars 2011,

Publié par JMB

Mardi 22 mars, j'écrivais un article sur l'iode 131 où je signalais, entre autre, sa grande capacité de dispersion dans l'environnement.

A environ 250 Km de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, on apprend, mercredi 23 mars, que "la consommation d’eau potable est déconseillée aux enfants à Tokyo et dans 5 villes voisines par les services de l’eau de la capitale. En cause : une concentration de l’iode 131 de 210 becquerels par litre, au-delà des niveaux admissibles fixés au Japon (100 Bq/L pour l’iode 131 dans l’eau pour les enfants, 300 Bq/L pour les adultes)." Lire la suite ici

Cet évènement soulève plusieurs questions :

Jusqu'où la contamination va se répandre ? Quelle est la superficie du territoire japonais qui est - et sera au final - polluée par des substances radioactives ? Pendant combien de temps ? Quels sont les milieux qui vont être particulièrement impactés : les zones agricoles (rizières, vergers,..?), le milieu marin, les écosystèmes aquatiques d'eau douce, les forêts,...? Au sein de ces écosystèmes pollués, quels vont être les impacts (contamination des produits alimentaires de la faune, de la flore, perte de biodiversité, de productivité,...) ? Comment gérer cette pollution ? Quel en sera le "coût/conséquence" : humain, environnemental, économique, politique, technologique,...? Etc.

A ce jour, le gouvernement japonais fait de son mieux pour gérer cet accident nucléaire majeur. Pour l'instant, on est dans ce qu'on appelle la gestion de la crise : l'urgence est de reprendre le contrôle de tous les réacteurs de la centrale de Fukushima, tout en assurant au mieux la radioprotection de la population japonaise. Mais rapidement, le gouvernement va devoir gérer l'après crise : ce qu'on appelle le post accidentel, et par conséquent apporter des réponses aux quelques questions que je viens de soulever précédenment - et bien autres, comme par exemple la gestion des réacteurs gravement endommagés -  Le défi est immense et peu donner le vertige !  

 

 

2010 10 22 Site N°D Red Forest Tchernobyl JM Bonzom 058 (1

La zone d'exclusion de Tchernobyl, 25 ans après l'accident nucléaire majeur. Plus précisément dans une zone encore fortement contaminée (en particulier par du césium 137 et du strontium 90) que l'on nomme la forêt rouge (red forest). Cette zone a été appelée ainsi car dans les jours qui ont suivi la catastrophe, les niveaux de contamination étaient tels que tous les pins ont pris une couleur "rouge" avant de mourir. Au premier plan de cette photo, il est possible de distinguer les restes d'un pin mort il y a 25 ans. Depuis, le bouleau est une espèce qui recolonise ce territoire encore très contaminé. Dans cette zone, 25 ans après, il est encore courant de mesurer des niveaux de radiation de 20, 50, 150, 200, 400 micro-sieverts par heure.

Accident nucléaire majeur : l'iode radioactif, un élément sous haute surveillance

22 Mars 2011,

Publié par JMB

Depuis plusieurs jours, certains réacteurs de la centrale de Fukushima rejette dans l’atmosphère de l’iode radioactif. En particulier de l’iode 131 qui est reconnue comme extrêmement radioactif. Cet iode résulte de la fission du combustible nucléaire. Mais comme plusieurs réacteurs ont subi des avaries sévères (perte d’étanchéité des enceintes de confinement) et par ailleurs, comme la compagnie d’électricité japonaise Tepco relâche régulièrement de la vapeur d’eau chargé d’éléments radioactifs dans l’atmosphère (pour éviter une explosion de certains réacteurs), de l’iode radioactif a été mesuré en quantité importante dans l’air ambiant - mais aussi dans l'eau- autour de la centrale de Fukushima. Et également bien au-delà, puisque l’iode a une grande capacité de dispersion dans l’environnement. Par exemple, ce lundi, juste avant minuit, près de la plage d'Iwasawa, à 16 kilomètres au sud de la centrale nucléaire, le taux d'iode 131 contenu dans l'eau de mer était 16,4 fois supérieur à la normale.

 

Quels sont les risques sanitaires ?

Il faut savoir que l’iode est un élément essentiel pour l’Homme. Une carence en iode peut entraîner des maladies plus ou moins sévères. L’iode est indispensable à notre bonne santé, particulièrement à travers la fonction thyroïdienne. La thyroïde est une glande située au niveau du cou qui sécrète plusieurs hormones indispensables au bon fonctionnement (métabolisme) de notre organisme : croissance, « solidité » des os,…Chez l’Homme adulte, 90 % de l’iode présent dans notre corps se trouve dans la thyroïde.

L’iode se trouve naturellement dans l’environnement (océans,…). Cet iode, c’est ce qu’on appelle de l’iode stable (c’est-à-dire non radioactif). C’est celui-ci qui est indispensable, et donc « bon » pour notre santé. Mais dans le cas de cet accident nucléaire majeur, quels sont les risques pour l’Homme ? Tout simplement, il est possible que certaine personne puissent inhaler ou ingérer (via l'eau, des aliments contaminés - lire également le communiqué de presse N°17 de l'ASN-,…) cet iode radioactif qui va alors se substituer à l’iode stable. Comme cet iode (iode 131 pour l’essentiel) est hautement radioactif, la glande thyroïde qui, rappelons le, contient 90 % de l’iode total présent chez un adulte, pourrait subir des dommages (par exemple des tumeurs). Il est reconnu que ce risque est encore plus élevé chez les enfants. Il faut bien comprendre, que ces dommages - ou non - sont fonction de la proportion d’iode radioactif présent dans la thyroïde, mais aussi de la durée d’exposition.

 

Donc, nous voyons bien que le risque est fonction avant toute chose de l’exposition (quantité et durée) par la voie respiratoire et/ou alimentaire. La voie alimentaire n’est pas à négliger puisque les organismes vivants ont généralement une forte capacité d’assimiler et de concentrer l’iode. Par exemple, l’iode radioactif peut être aisément capté par les feuilles des végétaux. Par ailleurs, si de l’herbe contaminée à l’iode radioactif est ingérée par du bétail qui produit du lait, l’iode va se retrouver rapidement dans le lait au bout de quelques heures pour atteindre un maximum après trois jours.

Il est aussi à souligner que les algues bio-accumulent fortement l'iode. Donc, l'iode 131 qui a contaminé le milieu marin va se retrouver en forte concentration dans certaines espèces d'algues marines, en particulier les algues brunes. Dans ce dernier cas, le facteur de bio-amplication peut être de 10 000. C'est-à-dire que pour 1 Bq d'iode 131 par litre d'eau de mer, les algues vont en accumuler 10 000 fois plus. 

 

Voilà pourquoi dans le cadre de cet accident nucléaire majeur l’iode radioactif (l’iode 131 essentiellement) est un élément sous haute surveillance !

Références

Higson, D.J. (2010). The significance of thyroid cancer in reactor safety assessment. International Journal of Low Radiation, 7 (3), pp. 217-222.

Potin, P. et al. (2009). L’iode. In : Toxicologie nucléaire environnementale et humaine. Editions TC & DOC, Lavoisier, Paris pp. 489-505.

 

Informations complémentaires :

- Lire également cet article paru aujourd'hui (mardi 22 mars) dans le journal canadien Cyberpress.ca : "5 questions sur la sécurité des aliments irradiés du Japon"

Juste une petite remarque concernant le titre de cet article qui ne remet pas en cause la qualité du contenu de celui-ci. La journaliste commet une légère confusion en parlant "d'aliments irradiés". Elle veut plutôt parler d'aliments contaminés, puisque dans le contenu de son article la journaliste parle d'aliments qui présentent des concentrations avérés en éléments radioactifs tels que le césium ou l'iode radioactifs. A l'opposé, un aliment irradié est un aliment qui a subit un rayonnement ionisant, mais qui en aucun cas  présente des traces de substances radioactives suite à ce traitement. Il faut savoir que l'irradiation est un procédé assez utilisé pour améliorer la conservation de certains produits (herbes, épices,...) qui sont commercialisés sur nos étalages !

 

- D'autres informations sur l'iode 131 ici