Japon : qui évacuer et quand ?
Au-delà de la zone d’exclusion des 20 Km autour de la centrale nucléaire de Fukushima (tous les habitants de cette zone ont été évacués), il existe des territoires fortement contaminés. En effet, dans le cas d’un accident nucléaire majeur, il faut savoir que la contamination n’est pas uniformément répartie sur le territoire. Il est tout à fait attendu de retrouver des zones plus ou moins contaminés bien au-delà des 20 Km. En fonction de plusieurs facteurs tels que la direction des vents, le taux de précipitation, le relief, les microclimats, etc., les dépôts radioactifs sont plus ou moins importants d’une zone à l’autre.
Après l’accident nucléaire qui s’est produit le 11 mars 2011, les autorités japonaises ont ordonné assez rapidement l’évacuation de toute la population dans un rayon de 20 Km autour de la centrale, et un confinement de la population dans la zone des 20 à 30 Km. Mais le 27 mars, Greenpeace mesurait des niveaux de contamination importants dans le village d’Itate et demandait au gouvernement japonais d’évacuer tous les habitants pour des raisons sanitaires. Ce village de 6 200 habitants est situé à 40 Km au nord-ouest de la centrale. Trois jours après l’alerte donnée par Greenpeace, l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) confirmait ces niveaux de contamination et recommandait également au gouvernement japonais d’évacuer toute la population d’Itate. A ce moment là, l'Agence Japonaise de Sûreté Nucléaire (NISA) n’a pas donné suite arguant que les niveaux de radioactivité ne représentaient pas un danger pour les habitants. Mais le 8 avril, la municipalité d’Itate a décidé d’évacuer les femmes enceintes et les enfants en bas-âge. Le 10 avril, c’est-à-dire un mois après l’accident nucléaire, le gouvernement a finalement ordonné l’évacuation d’Itate, mais aussi de tous les villages de cinq municipalités en raison des risques d'exposition à des radiations d'un niveau supérieur à 20 millisieverts par an. Ces évacuations doivent se dérouler ce mois-ci. Actuellement, la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) recommande que la population générale ne soit pas exposée à plus de 1 mSv par an ajouté à l’exposition naturelle.
On voit combien il est difficile de décider qui doit être évacué et quand. Plusieurs questions doivent se télescoper chez les responsables qui gèrent cette crise. Quels critères prendre en compte pour ordonner l’évacuation des populations : le niveau de contamination de l’atmosphère ambiant, des sols, de l’eau, des produits agricoles,…? A partir de quel niveau de contamination, décide-t-on de déplacer les personnes ? Les personnes qui ne peuvent plus vivre de leurs activités (agriculture, pêche,…), donc qui se retrouvent sans ressources, doivent-elles aussi être évacuées ? Comment évacuer des milliers de personnes (transport, planification dans le temps,…) ? Où loger toutes ces personnes : à court, moyen et long terme (voire pour toujours) ? Quels sont les coûts économiques, sociétaux, individuels,…d’une telle évacuation ? Dans une crise d'une telle ampleur, peut-on systématiquement appliquer le principe de précaution ?
Voici quelques questions, mais bien d’autres sont posées dans une telle situation.




