Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Bioécologie

Surveillance de la radioactivité en France : le premier communiqué de l'IRSN suite à l'accident nucléaire japonais

24 Mars 2011,

Publié par JMB

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire français (IRSN) vient de publier une synthèse des résultats des mesures de la radioactivité dans le cadre de la surveillance de l’impact à très longue distance des rejets de l’accident de Fukushima. Je vous retranscris ce document, tel quel,  accompagné de deux remarques de ma part :  "en bleu dans le texte"

 

 Synthèse surveillance environnementale n°1

Synthèse des résultats des mesures de la radioactivité dans le cadre de la surveillance de l’impact à très longue distance des rejets de l’accident de Fukushima

(24 mars 2011 - Point à 13h00)

 

Dans le cadre du dispositif de surveillance de l’impact des rejets radioactifs de l’accident de Fukushima au Japon, l’IRSN présente une synthèse des résultats des mesures de radioactivité qu’il effectue en France métropolitaine et en outremer. Le dispositif de surveillance en place est présenté globalement dans la carte en annexe. Cette synthèse sera actualisée régulièrement en fonction des nouveaux résultats obtenus.

----

La présente synthèse commente les résultats acquis par l’IRSN à ce jour sur les prélèvements et mesures effectués dans le cadre de son plan de surveillance. Une information est également donnée sur les résultats publiés dans d’autres pays.

 

1. SYNTHESE DES RESULTATS DE MESURE EN FRANCE (METROPOLE ET OUTREMER)

1.1. Réseau d’alerte Téléray

Le réseau Téléray est constitué de 170 sondes fixes (dont 7 en outremer) qui mesurent en permanence l’intensité du rayonnement gamma ambiant, exprimée en débit de dose (en nanosievert par heure – nSv/h). Ces mesures sont transmises en temps réel au centre de supervision de l’IRSN au Vésinet (78).

Au cours de la journée du 23 mars, aucune élévation anormale de la radioactivité gamma ambiante n’a été détectée sur l’ensemble des sondes du réseau Téléray de l’IRSN (Métropole et DROM-COM). Le débit de dose mesuré, qui peut varier d’un lieu à l’autre, correspond au rayonnement émis par les éléments radioactifs naturels présents dans l’air ou dans le sol ainsi qu’au rayonnement cosmique traversant l’atmosphère.

Pour consulter les mesures en temps réel visiter le site Internet de l'IRSN

Remarque n°1 : ce réseau Téléray ne mesure que le rayonnement gamma ambiant. Les autres rayonnements béta et alpha ne sont pas pris en comptes. Ce qui s’explique par le fait qu’à ce jour, techniquement, il est extrêmement difficile, voir impossible, de disposer d’un tel dispositif automatique et en continue pour quantifier d’une manière précise et fiable ces types de rayonnement : béta et alpha.  

Dans le cadre de l’accident nucléaire japonais, l’IRSN, via ce réseau est donc capable de détecter une augmentation du rayonnement gamma ambiant qui pourrait être due essentiellement à une élévation de césium 137 dans l’air (césium contenu dans le panache). Par contre, l’iode qui est essentiellement un émetteur béta (mais aussi gamma à travers les éléments fils issus de sa désintégration) ne sera détecté qu'à travers l’analyse d’échantillons environnementaux. Voir le point suivant :

1.2. Surveillance par prélèvements d’échantillons dans l’environnement

L’IRSN a analysé :

                        des filtres de prélèvements de poussières atmosphériques effectués sur plusieurs jours à Charleville-Mézières (08), la Seyne-sur-Mer (83), Alençon (61), Dijon (21) (du 15 au 21 mars), au sommet du Puy-de-Dôme (63) (du 18 au 21 mars) et à Orsay (91) (du 14 au 21 mars) ;

                        des filtres de prélèvements quotidiens de poussières atmosphériques effectués à Cherbourg (50), Chinon (37), Golfech (82), Fessenheim (68), Le Vésinet (78), Gréville (50), Tricastin (26) (entre le 11 et le 20 mars) ;

                        de l’eau de pluie collectée à Cherbourg (18-19 mars) et à Orsay (18-21 mars) ;

                        de l’herbe prélevée le 21 mars à Siouville (50) et à Gréoux-les-Bains (04) ; et le 18 et 21 mars à Rambouillet (78) ;

                        du lait de vache prélevé le 21 mars à Siouville ;

                        du lait de chèvre prélevé le 21 mars à Gréoux-les-Bains ;

                        du lait de brebis prélevé le 18 et 21 mars à Rambouillet (78).

 

Tous les résultats de mesure obtenus sont inférieurs aux limites de détection des appareils de mesure utilisés, à l’exception de l’échantillon de lait de chèvre qui présente des traces de césium 137 (0,12 Bq/L). Ces traces sont habituellement observées dans ce type de produit et résultent de la persistance dans les sols et dans les végétaux du césium 137 déposé à la suite des essais nucléaires en atmosphère et de l’accident de Tchernobyl.

 

Remarque  n°2 : ces résultats sont obtenus par spectrométrie gamma. Pour faire simple, les échantillons sont placés dans un appareil qui mesure le rayonnement gamma. Par spectrométrie gamma on est capable d’identifier les éléments responsables de ce rayonnement : iode 131, césium 137,… Par contre, pour d’autres éléments qui n’émettent pas de rayonnement gamma, il n’est pas possible de les détecter par cette méthode.

Ces résultats sont très intéressants, car ils représentent vraiment un point zéro avant le passage prédit du panache radioactif au-dessus de la France. En effet, ces mesures ont été réalisées sur des échantillons environnementaux prélevés quelques jours avant l’arrivée du panache radioactif. Par modélisation, l’IRSN et Météo France ont prédit l’arrivée du panache en France, le mercredi 23 mars. Attention, ceci n’est qu’une prédiction avec toutes les incertitudes liées à ce type de modélisation. Donc, par rapport à ce point zéro, qui correspond au bruit de fond, nous verrons dans les jours à venir si une augmentation de la radioactivité apparaît, à cause de ce panache, dans divers échantillons environnementaux.

 

2. RESULTATS DE MESURE PUBLIES DANS D’AUTRES PAYS

Des résultats de mesure ont été publiés au États-Unis par l’agence de protection de l’environnement (EPA). Ils mettent en évidence de faibles traces de produits radioactifs rejetés lors de l’accident de Fukushima, détectés sur des filtres de prélèvements de poussières atmosphérique en Californie (San-Francisco, Riverside, Anaheim) et dans l’état de Washington (Seattle) sur la côte ouest. Les radionucléides identifiés sont l’iode 131, le tellure 132, l’iode 132 et le césium 137. Les concentrations mesurées le 18 mars pour ces éléments sont de quelques dixièmes de mBq/m3 ou plus faibles.

En Scandinavie, de l’iode 131 a été mesuré dans l’air à Stockholm, Umeå et Kiruna (Suède), à une concentration inférieure à 0,3 mBq/m3, ainsi qu’en Finlande (moins de 1 mBq/m3)

Ces résultats sont cohérents, en termes de date et d’ordre de grandeur, avec les prévisions effectuées par Météo France à l’échelle mondiale, en collaboration avec l’IRSN. Ils confirment en particulier qu’en Europe, les éléments radioactifs dispersés arrivent par le Nord, comme le prévoyait la modélisation de Météo France.


Dernière remarque :

Je rapporte ici les valeurs limites - ainsi que les explications qui accompagne ces valeurs - compilées par Cécile Dumas et présentées dans un de ses articles rédigé pour Sciences et Avenir.fr . Son travail est clair et rigoureux. Tout un chacun devrait pouvoir ainsi analyser et interpréter les valeurs présentées par l'IRSN.

" Le Codex alimentaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture) fixe des valeurs indicatives pour la contamination en radionucléides des denrées alimentaires. L’Europe a également ses valeurs limites définies dans le règlement Euratom. En plus de l’alimentation humaine, il prévoit aussi des valeurs limites pour les aliments destinés au bétail. L'ensemble de ces valeurs règlemente le commerce international (ou européen): elles sont établies pour les populations qui importent des denrées de la zone accidentée.

Les deux tableaux ne se superposent pas : dans certains cas les niveaux maximaux admissibles (NMA)sont plus élevés en Europe que dans le Codex, dans d’autres cas c’est l’inverse. Ces différences s’expliquent notamment par le fait que le Codex de l’OMS (actualisé en 2010) applique la dose maximale d’exposition de 1 mSV contre 5 mSv pour Euratom (ce dernier n’ayant pas été actualisé depuis 1989).
La France a demandé la révision du règlement Euratom et une réflexion globale afin d’harmoniser ces valeurs au niveau international.

EURATOM : NMA de contamination radioactive de l'alimentation en Becquerels par kilo (ou litre) Aliments pour nourrissons Produits laitiers Autres denrées alimentaires Liquides destinés à la consommation
Isotopes de Strontium (dont Sr-90) 75 125 750 125
Isotopes d'iode (I-131)
150 500 2000 500
Isotopes de plutonium, d'américium, d'éléments transuraniens à émission alpha 1 20 80 20
Cesium 134 et 137 et autres radionucléides à période radioactive supérieure à 10 jours 400 1000 1250 1000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Codex alimentaire (OMS/FAO)Becquerels par kilo denrées destinées
à la consommation générale
Aliments pour enfants
Isotopes de plutonium et  d'américium 10 1
Isotopes d'iode (129/131), de strontium-90, d'uranium 235
100 100
Césium 134 et 137, ruthénium 103, Sr-89, soufre 35.... 1000 1000
Tritium, carbone 14, technetium 99 10000 1000

Source: ASN

Les NMA sont plus faibles pour les enfants que pour les adultes. Ils sont également plus bas pour le lait à cause de sa part très importante dans l’alimentation infantile et plus bas dans les boissons dont la consommation quotidienne est très importante. "



Commenter cet article

Guillaume 24/03/2011 18:34



"Tous les résultats de mesure obtenus sont inférieurs aux limites de détection des appareils de mesure utilisés, à l’exception de l’échantillon de lait de
chèvre qui présente des traces de césium 137 (0,12 Bq/L)."


 


Est-il effectué un suivi de ce type depuis longtemps sur Gréoux ? Si oui, est-il consultable ?



JMB 24/03/2011 22:13



Oui, je crois bien. A confirmer. Je me renseigne et je te donne l'info.