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Bioécologie

Les risques écologiques et sanitaires autour des centrales nucléaires au Japon

12 Mars 2011,

Publié par JMB

Suite au séisme et au tsunami qui vient de frapper le Japon, plusieurs centrales nucléaires exploitée par la société TEPCO ont subi des dommages plus ou moins graves. Sur son site Internet, TEPCO communique des informations concernant leur gestion de la crise.

 

Centrale nucléaire au japon carte

   

Par exemple, concernant la surveillance radiologique de l’environnement autour de la centrale de Fukushima Daini, voici ce que l’exploitant annonce le samedi 12 mars 2011 – 13 h AM, heure locale – traduit de l’anglais) :

« Les postes de contrôle installés en bordure du site nucléaire ne montrent pas de différence par rapport aux niveaux ordinaires. Aucun impact des radiations sur l’environnement extérieur n’a été confirmé. TEPCO continue à mesurer précisément la possibilité que des matériaux radioactifs s’échappent à partir de la cheminée ou du canal ».

 

Quelques remarques sur ce communiqué. On n’aurait souhaité un peu plus de précision. En effet, la première phrase ne nous donne aucune indication concernant la nature de ces « postes de contrôle ». TEPCO, utilise-t-elle des balises  pour mesurer  le niveau de radioactivité ambiant ? Dans l’air, dans l’eau ? Quelles sont ces valeurs avant et après l’accident ? Où se situent ces postes de contrôle - par exemple par rapport aux vents dominants - ? Ces informations sont indispensables pour évaluer la pertinence et la fiabilité d’une telle information.  

 

Pour revenir à ma première interrogation - que mesurent ces postes de contrôles ?- on peut penser que ces postes mesurent la radioactivité de l'atmosphère ambiante (plus précisément ce qu'on appelle le débit de dose, et très certainement le débit de dose lié au rayonnement de type gamma). En effet, dans la 2ième phrase, TEPCO déclare « qu’aucun n’impact des radiations sur l’environnement externe n’a été confirmé ». Là aussi, il est intéressant de s’attarder sur les mots employés. En effet, écrire qu’aucun impact sur l’environnement extérieur n’a été confirmé, cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas une contamination de l’environnement. L’environnement peut être contaminé par des radionucléides, mais à ce jour on n’en connait pas les impacts ! Voilà ce que signifie cette 2ième phrase. Mais comme je viens de le mentionner plus haut, on n'aurait souhaité que TEPCO soit plus clair et précis dans sa première phrase : "Les postes de contrôle installés en bordure du site nucléaire ne montrent pas de différence par rapport aux niveaux ordinaires."

  

Par ailleurs, en dehors de « ces postes de contrôle », TEPCO quantifie-t-elle également les teneurs en substances radioactives dans divers matrices environnementales (par exemple : plante, mousse, algue, sol, eau, sédiment, poussières atmosphériques,…) ? Mesurer le niveau de radioactivité ambiant c’est bien, mais compléter cette surveillance par des mesures des substances radioactives dans des compartiments biotiques (plantes : légumes à feuilles,...et animaux : poissons, coquillages,…) et abiotiques (sol, sédiment, eau douce, eau de mer, poussières atmosphériques,…) est indispensable pour conduire  une évaluation rigoureuse et précise des risques écologiques et sanitaires. Comme il sera aussi indispensable - quand la crise sera terminée - de commencer à évaluer  rapidement les effets biologiques de cette contamination sur le biote (faune, flore,…) pour une évaluation pertinente des risques écologiques. Ceci pourra être conduit dans un premier temps sur des organismes modèles de laboratoire (daphnie, chironomes, poissons, vers : Caenorhabditis elegans,…) exposés à ces matrices contaminés (eau, sédiment, sol). Des études de terrain devront également être réalisées pour évaluer les effets sur la structure et le fonctionnement des écosystèmes (terrestres comme aquatiques : eaux douces et marins). 

 

En période de crise, il est compréhensible que la préoccupation première de TEPCO et de l'agence de sûreté nucléaire et industrielle japonaise soit avant toute chose de contenir, au mieux, la radioactivité au sein des enceintes de confinements du réacteur.  Mais il n’empêche, que l’évaluation des risques écologiques et sanitaires d’un rejet radioactif (aussi faible soit-il) dans l’environnement est un point crucial dans la gestion d’une crise. Nos sociétés modernes l’exigent. Mais ce type d’évaluation passe par une démarche scientifique rigoureuse , transparente, pour ainsi émettre des avis robustes et fiaibles , entourées des incertitudes les plus faibles.

 

P.S. Dimanche 13 mars : TEPCO ne signale pas des niveaux de contamination plus élevés que la normal dans l'environnement proche de la centrale de Fukushima Daini (ce qui n'est pas le cas pour la centrale de Fukushima Daiichi qui a connu une explosion). Voir les derniers communiqués de TEPCO ici 

 

 

Compléments d'informations :

France Inter

France Info

Euronews

Romandie News

Journal Le Monde

Journal Le Figaro International 

IRSN - Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, France

ASN - Autorité de Sûreté Nucléaire, France

 

News in english/en anglais :

IAEA

NISA - Nuclear and Industrial Safety Agency, Japan

CNN Asia

NHK World

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