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Bioécologie

Le déclin de la nature

24 Juin 2014,

Publié par JMB

Dominique Berteaux, directeur de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique (Université du Québec à Rimouski), vient de me faire parvenir ce document. Je vous en livre l’intégralité ci-dessous. Je m’associe pleinement à l'émotion ressentie par Dominique. Et vous ? N’hésitez pas à laisser vos commentaires et à partager cet article.

 Dominique Berteaux 2011Dominique Berteaux :

« Le journaliste britannique Michael McCarthy a publié le 19 décembre 2012, dans le quotidien anglais The Independent, un article qui m’a touché.

Je vous en propose une traduction un peu abrégée. Une traduction où j’ai surtout tenté de conserver l’émotion du sujet. La version originale est ici.

« Notre génération a vu un grand déclin que l’on n’arrive pas bien à nommer

C’est bien connu en psychothérapie : mettre un nom sur une maladie change radicalement la façon dont on s’en occupe. Par exemple, admettre qu’un proche est alcoolique donne tout à coup un sens à des années de comportements irrationnels. Beaucoup de gens ont des troubles qu’ils n’arrivent pas à nommer, mais dont ils sentent chaque jour la présence. Leur donner un nom ne les fait pas disparaitre, mais cela aide à vivre avec.

Je sens depuis longtemps que quelque chose de similaire s’applique à la nature de Grande-Bretagne. Certaines personnes ressentent la présence d’une maladie, une maladie qui les angoisse, mais qu’ils ne peuvent nommer et dont ils ne réussissent pas à parler. Les personnes qui ressentent cela sont les plus âgées (50 ans et plus). Ce sont des baby-boomers, la génération de l’après-guerre devenue adulte dans les années soixante, toujours identifiée à l’explosion des libertés et au rock ’n’ roll.

L’angoisse qu’ils ressentent vient d’une transformation du monde qu’ils ont vue, mais qu’ils ont du mal à saisir. Une transformation plus subtile que, par exemple, la destruction des forêts tropicales. Une transformation dont la brutalité n’éclate sur aucune photo, contrairement aux flammes de l’Amazonie dévastée. Mais elle est là, bien réelle, elle est importante pour eux, même s’ils ne peuvent pas mettre le doigt dessus, la nommer.

Beauté passée

J’ai d’abord ressenti cela il y a 12 ans, alors que The Independent lançait une campagne pour protéger le moineau domestique et comprendre sa disparition de Londres et des autres villes. Parmi les centaines de courriers de lecteurs, beaucoup se résumaient à « Merci, je pensais être le seul à avoir remarqué la disparition de cette espèce ! ». Beaucoup avaient noté la disparition du moineau domestique, mais souvent de façon presque inconsciente, sans vraiment la formuler ni même y penser.

Plus récemment, cependant, j’ai réalisé que ce qui avait changé dans la vie des baby-boomers de Grande-Bretagne était une disparition plus générale : celle de l’abondance de la nature. Tout était plus abondant il y a un demi-siècle. Plus de fleurs, plus d’oiseaux, plus de papillons, plus d’insectes surtout. La génération des baby-boomers avait grandi au milieu de cette abondance, comme chaque génération avant elle.

Les plus jeunes ne se rendent pas compte de la transformation dont je parle. Leur seule référence est le monde qu’ils ont côtoyé en grandissant. Mais quand j’ai commencé dans cette chronique à parler de la perte de l’abondance de la nature, il y a deux ans, de nombreux commentaires ont suivi, surtout des plus âgés. Le sujet fait beaucoup réagir.

Usé jusqu’à la corde

Les plus de 50 ans se souviennent des énormes volées de vanneaux huppés dans la campagne, des bruants proyers sur chaque fil télégraphique, des nuages d’étourneaux tournoyant à la fin du jour. Ils se souviennent des massifs compacts d’orties pleines de chenilles, des vergers remplis de fleurs, des jardins peuplés d’oiseaux et des fossés pleins de grenouilles et de crapauds. Tout est parti. L’image la plus commune (rapportée dans trois courriels successifs) est celle du pare-brise de l’auto couvert de papillons de nuit et d’autres insectes, à chaque voyage, lors de chaque nuit d’été. Maintenant, les pare-brise sont propres.

Que signifie cette disparition pour les gens chez qui elle provoque une angoisse, une angoisse sans nom ? Après tout, pourquoi s’angoisser de quelques insectes nuisibles en moins? Je crois que les plus âgés ressentent, même s’ils ne peuvent bien l’exprimer, qu’il est arrivé un changement profond au tissu même de l’existence, à la trame de la vie.

Pendant un demi-siècle, la génération des baby-boomers a été définie par la liberté des sixties, le sexe, la drogue et le rock. Maintenant qu’elle arrive à la fin de son temps, on peut commencer à la définir autrement. Cette génération a vu l’ombre s’abattre sur la Terre, elle a assisté au grand déclin. Elle a vu le tissu vivant de la nature, jadis si riche, se dénuder, s’effilocher, s’user jusqu’à la corde. »

Ouf, quel texte!

Je sais ce que vous pensez. Quelle est la part de nostalgie dans tout ça ? C’est normal de regretter le bon vieux temps, celui de la jeunesse. Tout change, c’est normal. Et puis, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. On a perdu la nature, mais on a gagné une vie plus facile et plus longue.

Oui, peut-être. Mais permettez-moi cependant de ressentir cette angoisse, bien que n’ayant pas atteint les 50 ans. Elle transpire des masses de chiffres et des épais rapports que je lis chaque jour dans mon travail de chercheur.

Je suis persuadé que cette angoisse a quelque chose à nous apprendre sur notre rapport au monde. Quelque chose que je n’arrive pas bien à nommer.

Dominique Berteaux, Université du Québec à Rimouski, 2013 »

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Jérémy Bouchez 15/01/2013


Très beau témoignage. Je suis sûr que si on faisait le même excercie dans d'autres régions du monde avec des gens assez âgés pour se souvenir de l'état de la nature il y a 50 ans, beaucoup en
arriveraient au même constat. La biosphère est entrain de perdre la biodiversité à une vitesse qui peut même être perçue à l'échelle d'une vie humaine. Jamais dans l'histoire de cette planète, la
vitesse de perte de biodiversité n'a été si rapide. Le plus inquiétant, c'est que nous avons très largement atteint la frontière à ne pas dépasser dans ce domaine. Johan Rockström, dans son
célébre article paru dans Nature, rappelait en 2009 que le taux d’extinction des espèces est 1000 fois supérieur au taux naturel. L’équipe établit la limite à ne pas dépasser à dix extinctions
par millions d’espèces et par an, lors de la publication de leur article, le taux était 100 fois supérieur à cette limite. J'ai rédigé un billet sur son équipe sur mon blogue. Voici le lien:
http://sciencesenviro.com/2012/10/30/les-frontieres-a-ne-pas-depasser/


Vous pouvez très largement partager ce billet.

Etienne Servant 15/01/2013


Bonsoir , ou bonjour 


Meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2013 , ce texte est effectivement très intêressant , je perçois moi aussi ces signaux qui une fois additionnés me font peur 

Etienne Servant 18/01/2013


Un pessimiste est souvent un optimiste bien informé ... 

Olysh 07/05/2013

La génération des baby boomers porte aussi la responsabilité de l'ombre qui s'abat sur la Terre. Génération qui a tout eu (plein emploi, ascension sociale, protection sociale, accès facile à l'immobilier, aliments bio, nature...) et tout gâché.

Patrick Derennes 26/06/2014

Un texte très intéressant et sensible.

visit here 11/07/2014

Thanks for an introduction of some important events from the book. There is some useful viewpoints associated with the implementation of bio diversity in the nature. It is very important to care the bio diversity of the nature for maintaining the ecological balance.