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Bioécologie

Contamination radioactives de l'océan : quel sera l'impact sur l'écosystème marin ?

3 Avril 2011,

Publié par JMB

Ce dimanche 3 avril voici quelques nouvelles concernant l'accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi. Ces nouvelles proviennent de la NHK World - bulletins en français -. Je les retranscris telles quelles, mais je précise certains points (en bleu dans le texte).

" Un conseiller du premier ministre japonais s'engage à tout mettre en oeuvre pour endiguer les émanations de particules radioactives d'ici quelques mois, autour de la centrale de Fukushima.

Remarque 1 : la radioactivité se répend dans l'environnement sous forme de particules mais aussi sous forme de gaz pour certains éléments. De plus, il serait plus juste de parler de rejets, plus que d'émanation. En effet, une émanation fait plutôt référence à un rejet de type gazeux !

Pour être précis et juste, tout en étant le plus accessible au plus grand nombre, il aurait été préférable de dire : " Un conseiller du premier ministre japonais s'engage à tout mettre en oeuvre pour endiguer les rejets des substances radioactives (sous forme particulaires, gazeux)  d'ici quelques mois, autour de la centrale de Fukushima."

Ce dimanche, Goshi Hosono a déclaré à la presse que la contamination de l'environnement par les fuites d'eau irradiée était particulièrement sérieuse, notamment pour l'océan.

Remarque 2 : l'eau est effectivement irradiée, car elle est  fortement contaminée par des substances radioactives. Mais ce qui pose problème pour l'environnement marin, c'est la présence de substances radioactives dans cette eau, qui in fine se retrouve dans l'océan. Conclusion, il aurait été plus juste de parler de "fuites d'eau contaminée par des substances radioactives"

Il a ajouté qu'il était urgent d'évaluer l'impact de cette contamination sur la faune et la flore marines et de communiquer un maximum d'informations à ce sujet. La suite de l'article ici

Remarque 3 : effectivement, il est important d'évaluer l'impact sur la faune et la flore et de communiquer à ce sujet. Mais il faut bien comprendre que mesurer un impact ce n'est pas seulement quantifier le niveau de contamination des poissons, des coquilles, des algues,... Oui, cet aspect est important, en particulier, quand on s'intéresse à la consommation de ces produits par l'Homme (voir par exemple le cas de l'iode). Ces mesures peuvent être réalisées assez rapidement. Mais il est aussi nécessaire d'évaluer les effets à moyen et long terme sur les populations, les communautés animales, végétales, microbiennes,...et également le fonctionnement des écosystèmes. Par exemple, quid des effets de cette contamination sur certaines espèces de poissons ? Leur reproduction va-elle être affectée ? Dans quelle mesure ? Cela pourrait avoir des conséquences sur la pêche locale, donc l'économie et au final le mode de vie de toute une population (voir cet article -in english-). Une étude d'impact est complexe et nécessite l'expertise de nombreux chercheurs dans divers domaines. Juste un autre exemple. Au premier abord, il se peut que la reproduction des poissons ne soit pas directement affectée. Mais si par exemple le plancton est impacté - qui peut représenter une source de nourriture importante pour certains jeunes poissons (les alevins) - alors on peut s'attendre à des effets sur la taille des populations futurs (par exemple, une diminution du nombre de poisson adultes). Un autre exemple de la complexité et de la nécessité d'évaluer les effets dans le temps : de nombreuses études ont déjà démontré que le sédiment (c'est-à-dire la "vase" qui tapisse à certains endroits le fond des océans) va être le réceptacle privilégié de certaines particules radioactives. Ces particules vont donc s'accumuler dans ce compartiment. Dans le temps, ces substances peuvent être remobilisées sous l'action de divers organismes qui vivent dans le sédiment (on appelle ce phénomène la bioturbation) et contaminer de nouveau la colonne d'eau (l'océan) et donc la faune et la flore qui y vivent. C'est ce qu'on appelle en écotoxicologie l'effet "bombe à retardement".

En conclusion, il sera important d'entreprendre des travaux de recherche rigoureux et interdisciplinaires, à court, moyen et long terme. Des hydrologues, des biogéochimistes, des chimistes, des océanographes, des écologistes, des écotoxicologistes, des radioécologistes, des spécialistes du plancton marin, de la dynamique des populations, des modélisateurs,...et bien d'autres devront unir et coordonner leurs efforts pour bien évaluer les effets de cette contamination radioactive sur l'écosystème marin (sa structure et son fonctionnement). Ceci est également vrai pour tous les autres écosystèmes qui sont (ou seront)  contaminés.  On parle des écosystèmes aquatiques d'eau douce (rivières, lacs,...) et terrestres (forêts, prairie,...). 

Selon l'Agence japonaise de sûreté nucléaire et industrielle, les fuites d'eau radioactive restent aussi importantes à la centrale Fukushima Dai-ichi, malgré le recours à un polymère absorbant pour colmater une fissure problématique.

Rappelons que la Compagnie d'électricité de Tokyo, Tepco, a identifié samedi, dans une fosse de béton, une fissure de 20 centimètres qui permet à l'eau contaminées par des substances radioactives de s'écouler dans l'océan. La suite ici

P.S. Ce lundi 4 avril, nous apprenons que l'exploitant de la centrale de Fukushima Daiichi, TEPCO, s'apprête à relarguer volontairement dans l'océan 10 000 litres d'eau contaminée par des substances radioactives. Cette eau dépasserait de 100 fois la valeur limite légale d'autorisation de rejet. Mais l'opérateur dit ne pas avoir le choix. En effet, Tepco ne dispose pas de moyen de stockage suffisant pour toute cette eau contaminée. Tepco va donc évacuer cette eau pour stocker de l'eau encore plus contaminée.

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