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Bioécologie

Accident nucléaire majeur : l'iode radioactif, un élément sous haute surveillance

22 Mars 2011,

Publié par JMB

Depuis plusieurs jours, certains réacteurs de la centrale de Fukushima rejette dans l’atmosphère de l’iode radioactif. En particulier de l’iode 131 qui est reconnue comme extrêmement radioactif. Cet iode résulte de la fission du combustible nucléaire. Mais comme plusieurs réacteurs ont subi des avaries sévères (perte d’étanchéité des enceintes de confinement) et par ailleurs, comme la compagnie d’électricité japonaise Tepco relâche régulièrement de la vapeur d’eau chargé d’éléments radioactifs dans l’atmosphère (pour éviter une explosion de certains réacteurs), de l’iode radioactif a été mesuré en quantité importante dans l’air ambiant - mais aussi dans l'eau- autour de la centrale de Fukushima. Et également bien au-delà, puisque l’iode a une grande capacité de dispersion dans l’environnement. Par exemple, ce lundi, juste avant minuit, près de la plage d'Iwasawa, à 16 kilomètres au sud de la centrale nucléaire, le taux d'iode 131 contenu dans l'eau de mer était 16,4 fois supérieur à la normale.

 

Quels sont les risques sanitaires ?

Il faut savoir que l’iode est un élément essentiel pour l’Homme. Une carence en iode peut entraîner des maladies plus ou moins sévères. L’iode est indispensable à notre bonne santé, particulièrement à travers la fonction thyroïdienne. La thyroïde est une glande située au niveau du cou qui sécrète plusieurs hormones indispensables au bon fonctionnement (métabolisme) de notre organisme : croissance, « solidité » des os,…Chez l’Homme adulte, 90 % de l’iode présent dans notre corps se trouve dans la thyroïde.

L’iode se trouve naturellement dans l’environnement (océans,…). Cet iode, c’est ce qu’on appelle de l’iode stable (c’est-à-dire non radioactif). C’est celui-ci qui est indispensable, et donc « bon » pour notre santé. Mais dans le cas de cet accident nucléaire majeur, quels sont les risques pour l’Homme ? Tout simplement, il est possible que certaine personne puissent inhaler ou ingérer (via l'eau, des aliments contaminés - lire également le communiqué de presse N°17 de l'ASN-,…) cet iode radioactif qui va alors se substituer à l’iode stable. Comme cet iode (iode 131 pour l’essentiel) est hautement radioactif, la glande thyroïde qui, rappelons le, contient 90 % de l’iode total présent chez un adulte, pourrait subir des dommages (par exemple des tumeurs). Il est reconnu que ce risque est encore plus élevé chez les enfants. Il faut bien comprendre, que ces dommages - ou non - sont fonction de la proportion d’iode radioactif présent dans la thyroïde, mais aussi de la durée d’exposition.

 

Donc, nous voyons bien que le risque est fonction avant toute chose de l’exposition (quantité et durée) par la voie respiratoire et/ou alimentaire. La voie alimentaire n’est pas à négliger puisque les organismes vivants ont généralement une forte capacité d’assimiler et de concentrer l’iode. Par exemple, l’iode radioactif peut être aisément capté par les feuilles des végétaux. Par ailleurs, si de l’herbe contaminée à l’iode radioactif est ingérée par du bétail qui produit du lait, l’iode va se retrouver rapidement dans le lait au bout de quelques heures pour atteindre un maximum après trois jours.

Il est aussi à souligner que les algues bio-accumulent fortement l'iode. Donc, l'iode 131 qui a contaminé le milieu marin va se retrouver en forte concentration dans certaines espèces d'algues marines, en particulier les algues brunes. Dans ce dernier cas, le facteur de bio-amplication peut être de 10 000. C'est-à-dire que pour 1 Bq d'iode 131 par litre d'eau de mer, les algues vont en accumuler 10 000 fois plus. 

 

Voilà pourquoi dans le cadre de cet accident nucléaire majeur l’iode radioactif (l’iode 131 essentiellement) est un élément sous haute surveillance !

Références

Higson, D.J. (2010). The significance of thyroid cancer in reactor safety assessment. International Journal of Low Radiation, 7 (3), pp. 217-222.

Potin, P. et al. (2009). L’iode. In : Toxicologie nucléaire environnementale et humaine. Editions TC & DOC, Lavoisier, Paris pp. 489-505.

 

Informations complémentaires :

- Lire également cet article paru aujourd'hui (mardi 22 mars) dans le journal canadien Cyberpress.ca : "5 questions sur la sécurité des aliments irradiés du Japon"

Juste une petite remarque concernant le titre de cet article qui ne remet pas en cause la qualité du contenu de celui-ci. La journaliste commet une légère confusion en parlant "d'aliments irradiés". Elle veut plutôt parler d'aliments contaminés, puisque dans le contenu de son article la journaliste parle d'aliments qui présentent des concentrations avérés en éléments radioactifs tels que le césium ou l'iode radioactifs. A l'opposé, un aliment irradié est un aliment qui a subit un rayonnement ionisant, mais qui en aucun cas  présente des traces de substances radioactives suite à ce traitement. Il faut savoir que l'irradiation est un procédé assez utilisé pour améliorer la conservation de certains produits (herbes, épices,...) qui sont commercialisés sur nos étalages !

 

- D'autres informations sur l'iode 131 ici

Commenter cet article

Mélina Barrals 02/04/2011 00:25



Merci de rendre un sujet nébuleux aussi clair et simple.


C'est un excellent article. Bravo



JMB 02/04/2011 10:28



Merci



blob 24/03/2011 15:50



Je plussoie Guillaume ! Je serai très intéressée de connaître ton opinion sur l'exploitation des gaz de schiste en termes de toxicité potentielle sur l'environnement.



JMB 24/03/2011 22:21



Effectivement c'est un dossier d'actualité très intéressant, mais assez complexe. De nombreuses substances sont utilisés. Pour une évaluation des risques écologiques rigoureuse, il est nécessaire
avant toute chose d'apporter des réponses à ces questions : Quels sont les substances utilisées ? A quelles ? Dans quels compartiments de l'environnement se retrouvent ces substances ? Que
connait-on de leurs effets écotoxicologiques ? A-t-on des connaissances sur les effets de ces substances quand elles sont en mélange ? Etc.  Je vais essayer de prendre le temps pour me
pencher sérieusement sur ce dossier. A suivre sur le Blog...



Guillaume 23/03/2011 10:02



Bon, "l'exploitation des gaz de schiste" pourrait être un bon sujet... quels sont les transferts de ces cocktails chimiques dans l'environnement (eau, sol, air et organismes
vivants) ? Sachant que nous sommes directement concernés en France et que certains groupes pétroliers ont déjà des autorisations de prospection chez nous, notamment dans le sud de la France, ce
serait bien d'en parler, que l'on soit tous au courant.


http://cdurable.info/Alerte-Gaz-de-schiste-Sud-France-Forages-Valence-Montpellier-Ales-Cevennes,3164.html



JMB 24/03/2011 23:34



Beau sujet d'actualité. Dès que j'ai cinq minute, je m'y colle



Guillaume 22/03/2011 19:50



Eh bien voilà ce que l'on aimerait que les médias diffusent... quelques explications !



JMB 22/03/2011 21:02



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