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Bioécologie

Les délégués belges indignés: "On minimise les conséquences de Fukushima"

10 Août 2013,

Publié par Bioécologie

Un article de Marc Molitor, samedi 6 juillet 2013, Radio Télévision Belge Francophone (rtbf.be)

" Les discussions se poursuivent au sein de l’UNSCEAR, l’organisme des Nations-unies chargé d’évaluer les conséquences de catastrophes nucléaires et des radiations. Ce comité a préparé un rapport soumis à la discussion des experts de différents pays lors d’une réunion récente à Vienne. Un rapport qui a suscité l’indignation de la délégation belge: "Tout semble fait et rédigé, disent ses membres, pour minimiser les conséquences de la catastrophe de Fukushima. On revient même en arrière sur les enseignements de Tchernobyl et d’autres études".

La délégation belge comprend plusieurs experts du centre d’étude de l’énergie nucléaire de Mol et de plusieurs universités. Avec ceux de nombreux autres pays, ils ont participé à ces discussions qui se sont tenues à Vienne en mai. L’UNSCEAR doit présenter son rapport à l’assemblée générale des nations-unies, l’automne prochain.

De retour à Bruxelles, le chef de délégation, Hans Van Marcke a livré ses impressions très critiques sur les pré-conclusions de l’UNSCEAR, lors d’un exposé à l’ABR, l’Association belge de radioprotection. Des propos d’autant plus percutants qu’ils viennent du " milieu " et pas de Greenpeace ou d’opposants au nucléaire. Selon nos informations, les discussions ont été si tendues et les belges ont été tellement choqués qu’ils menacent de ne pas signer le rapport et que certains pensaient même quitter la conférence. Après leurs interventions, après aussi celles d’experts anglais, et de certains autres, leurs remarques pourraient être prises en compte dans un nouveau document remanié. Mais le passé a appris que dans ce genre d’enceintes, ce sont le secrétariat et les rapporteurs qui mènent l’agenda et donnent l’orientation finale aux textes, et que la plus grande vigilance est de mise pour voir si les versions finales reflètent bien les débats.

Quelles critiques ?

De façon générale, tout le monde est d’accord : le japon a eu de la chance. Une partie importante de la contamination est partie vers l’océan, la population a été évacuée relativement vite, et le contrôle de la contamination des aliments est satisfaisant. L’impact sera donc sans doute inférieur à celui de Tchernobyl.

Mais les retombées terrestres ne sont pas négligeables pour autant, ni donc les impacts sur la santé et sur l’avenir. Et ils concernent une zone avec des villes densément peuplées comme Fukushima ou Koriama (300 000 habitants).

De nombreuses données du rapport de l’UNSCEAR sont lacunaires ou présentées d’une façon critiquable. Les estimations des doses reçues par les populations sont diluées dans des moyennes peu pertinentes, tout comme d’ailleurs celles encaissées par les dizaines de milliers travailleurs sur le site de la centrale accidentée, dont les autorités japonaises et TEPCO refusent de communiquer le détail. Il est patent aussi que les tablettes d’iode n’ont pas été distribuées et que les examens à la thyroïde ont été réalisés en général trop tard, ce qui interdit pour le moment de dire que peu d’effets seront enregistrés dans l’avenir, comme l’affirme le rapport de l’UNSCEAR.

L’analyse de l’UNSCEAR exclut d’office, par à priori, tout risque potentiel pour les fœtus ou pour l’hérédité. Pour le risque de cancer, elle estime qu’il n’y pas trop à s’en faire puisque les doses de radioactivité seraient trop faibles pour générer un effet visible. De telles hypothèses ont fâché plusieurs experts dont les belges, car d’une part, comme mentionné plus haut, les doses sont mal présentées et d’autre part, les enseignements de Tchernobyl ainsi que de de nombreuses recherches ces dernières années montrent que les faibles doses peuvent avoir des effets. Or l’UNSCEAR tente visiblement de revenir en arrière sur ces évolutions de la science des radiations. A plusieurs reprises ces dernières années, et encore dans ces discussions-ci, une partie de ces représentants de différents pays veulent faire passer l’idée d’un seuil de 100 millisieverts , en dessous duquel aucun effet sur la santé ne serait à craindre. Pour rappel, les recommandations internationales de la CIPR parlent de 1 mSv par an pour les populations et de 20 mSv par an pour les travailleurs, à ne pas dépasser en situation courante, tout en tolérant des dépassements ponctuels mais non durables en cas de situation de catastrophe.

Les études récentes montrent que, dans plusieurs domaines, des doses plus faibles, situées entre 10 et 100 mSv peuvent avoir des effets. Il ne s’agit pas que de cancers, mais aussi des atteintes à l’embryon, des perturbations héréditaires, des maladies cardiovasculaires et des cataractes.

Tchernobyl - Fukushima, même déni ?

Plusieurs rapports sont sur la table, en voie d’achèvement. L’un concerne les enfants, un public à protéger et surveiller particulièrement dans le cas de radiations. Ce rapport a été pris en charge par une équipe américaine, dirigée par le professeur Fred Mettler. Il est un des auteurs du rapport du forum de Tchernobyl qui a été fort controversé, très critiqué parce qu’il minimise les effets de la catastrophe de Tchernobyl. Remet-il le couvert ? En tout cas dans son rapport sur les enfants, il écarte à priori toute une série de domaines, d’études et de découvertes qui montrent les effets divers de faibles doses sur les enfants. Il n’a même pas pris connaissance des rapports à ce sujet du groupe d’experts d’Euratom.

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